Accompagner celui qui perd pied

Dans mon activité, je me retrouve à devoir accompagner toute sorte de clients avec des situations variées.

Lorsque j’accompagne des personnes qui sont en cours de procédure, je retrouve face à des personnes complètement déstabilisées au point qu’elles perdent le sens commun, leur capacité à comprendre les faits, qui vivent un véritable état d’insécurité, une méfiance de l’autorité judiciaire et à une forme d’abandon de leur pouvoir personnel s’imaginant que la partie adverse est toute puissante surtout quand il existe une disparité de conditions économiques et sociales entre les parties en présence.

Le cas le plus parlant que je suis est celui d’une cliente qui n’a pas pris conscience qu’une des procédures avaient pris fin tellement prise dans son enferment mental. Cette cliente a quatre procédures en cours et fait face à un ex-compagnon et aux parents de son ex-compagnon, il existe une disparité sociale et économique énorme et elle fait face à des personnes qui ont un « nom ». Cette cliente est dans un refus de lâcher prise et doute même de son conseil, elle porte même matériellement ces procédures quand elle vient en rendez-vous, elle vient avec une multitude de sac. En parallèle, elle refuse de s’arrêter, repousse une prise en charge de son corps à la fin des procédures.

A chaque rendez-vous,c’est un vrai challenge, pour réussir à canaliser un esprit qui s’est égaré dans les méandres de ces procédures, focaliser sur une forme de « revanche » que la justice ne peut pas satisfaire, qui « charrie » à chaque fois de fortes charges émotionnelles.

C’est tant un travail de clarification de ce qui se passe, qu’un accompagnement de la personne dans son état émotionnel.Il est question d’insuffler foi et confiance, de faire preuve d’une objectivité accrue, de ne pas se laisser embarquer.

Il est très facile de crier à l’injustice avec son client dont l’histoire vous touche parce que vous avez face à vous une personne brisée, qui a été victime de faits « injustes » mais ce n’est pas rendre service au client dont on nourrit un état qui ne le rend pas créateur de sa vie et qui le déresponsabilise, ni pour moi qui me retrouve emprise à gérer un état émotionnel qui ne m’appartient pas.

Cette gestion est d’autant plus importante, que je me suis retrouvée dans la position de l’accompagnée et que je me suis vue faire, et que j’ai aussi vu l’impact sur l’accompagnant et sur le suivi. C’est vite une seconde problématique qui vient se coller à celle qu’on est venue « régler ».

Share Button